2e cercle de la philosophie
Ce cercle approfondit les repères du 1er cercle : les courants n’y sont plus de simples noms, mais des thèses portées par des philosophes précis, souvent en dialogue ou en opposition les uns avec les autres.
Filiations : scepticisme et empirisme
Contrairement aux mouvements artistiques, les courants philosophiques existent en pointillés à travers le temps :
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le scepticisme naît dans l’Antiquité par Pyrrhon d’Élis (IVe siècle av. J.-C.) et Sextus Empiricus (IIe siècle ap. J.-C.), il réapparaît à la Renaissance par Montaigne (XVIe siècle), se poursuit à l’époque classique et moderne avec des philosophes comme René Descartes (XVIIe siècle) et Kant (XVIIIe siècle), continue à l’époque contemporaine avec des philosophes comme Bertrand Russell (XXe siècle) jusqu’à aujourd’hui ;
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l'empirisme naît à l’époque moderne avec Francis Bacon (XVIIe siècle), il se poursuit avec des philosophes comme John Locke (XVIIe siècle), David Hume (XVIIIe siècle) puis à l’époque contemporaine avec des philosophes comme John Stuart Mill (XIXe siècle) jusqu’à aujourd’hui.
Courants approfondis
Rationalisme et scepticisme méthodique
Descartes (XVIIe siècle) pousse le scepticisme à son comble par le doute méthodique : il choisit de tenir pour faux tout ce qui peut être mis en doute, y compris la réalité du monde extérieur, pour chercher une vérité qui résiste à ce doute.
Le malin génie (1641)
Le « malin génie » est une expérience de pensée proposée par Descartes dans les Méditations métaphysiques (1641) : et si un être malveillant tout-puissant trompait systématiquement mes sens et ma raison ? Cette hypothèse extrême sert à isoler ce qui, même dans ce cas, resterait indubitable — le cogito.
Idéalisme
L'idéalisme (Berkeley, XVIIIe siècle ; Hegel, XIXe siècle) pose que toute réalité se ramène à des déterminations de l’esprit — « idées », représentations mentales ou sensations. Il s’oppose au matérialisme : pour Berkeley, « être, c’est être perçu » (esse est percipi).
Positivisme
Le positivisme, fondé au XIXe siècle par Auguste Comte, est à la fois héritier et critique des Lumières du XVIIIe siècle : il soumet de manière rigoureuse les connaissances acquises à l’épreuve des faits. Comte y développe la « loi des trois états » : l’esprit humain passerait successivement par un stade théologique, un stade métaphysique puis un stade positif (scientifique).
Stoïcisme
Le stoïcisme (Zénon de Cition, IIIe siècle av. J.-C. ; Épictète et Marc Aurèle à l’époque romaine) est une philosophie de l’éthique personnelle influencée par son système logique et ses vues sur le monde naturel. Il prône l’acceptation sereine du destin et la maîtrise de soi, en s’efforçant de vivre en accord avec la nature et en se détachant des émotions perturbatrices.
Matérialisme et déterminisme
Le matérialisme pose que tout ce qui existe est de nature matérielle, y compris la pensée et la conscience — de Démocrite (Antiquité, théorie des atomes) à Marx (matérialisme historique) en passant par les Lumières matérialistes du XVIIIe siècle. Une de ses conséquences les plus radicales est le déterminisme :
Le démon de Laplace (1814)
Le démon de Laplace fait référence à une expérience de pensée proposée par Laplace dans son Essai philosophique sur les probabilités (1814) pour illustrer le déterminisme dur :
Une intelligence qui pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée, et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était assez vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvemens des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome : rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé, serait présent à ses yeux.
Essai philosophique sur les probabilités
Structuralisme
Le structuralisme (Ferdinand de Saussure en linguistique, Claude Lévi-Strauss en anthropologie, XXe siècle) explique les phénomènes — langage, société, mythes — par les structures et relations sous-jacentes plutôt que par les éléments pris isolément.
Phénoménologie
La phénoménologie (Edmund Husserl, début du XXe siècle ; Martin Heidegger) étudie les phénomènes tels qu’ils apparaissent à la conscience, en suspendant tout jugement sur leur existence réelle (l'épochè, ou « mise entre parenthèses »).
Existentialisme
L'existentialisme (Kierkegaard au XIXe siècle ; Sartre et Simone de Beauvoir au XXe siècle) pose que l’existence précède l’essence : l’être humain n’a pas de nature fixée d’avance, il se définit par ses choix et ses actes — d’où l’idée sartrienne que l’homme est « condamné à être libre ».
Platonisme
Le platonisme (Platon, IVe siècle av. J.-C.) pose que la réalité sensible n’est qu’un reflet imparfait d’un monde d’Idées éternelles et immuables, seul objet de la connaissance véritable.
L’allégorie de la caverne (IVe siècle av. J.-C.)
L’allégorie de la caverne est exposée par Platon dans La République. Elle met en scène des humains enchaînés dans une caverne, qui ne voient que les ombres des objets projetées sur un mur et les prennent pour la réalité — image de la condition humaine, prisonnière des apparences sensibles, et du chemin vers la connaissance véritable (les Idées).
L’anneau de Gygès (IVe siècle av. J.-C.)
L’https://fr.wikipedia.org/wiki/Anneau_de_Gyg%C3%A8 s[anneau de Gygès], anneau magique proposé par Platon dans le deuxième livre de La République, rendrait son détenteur invisible. Le frère de Platon en tire une question éthique : est-ce qu’être un homme juste, ce n’est pas en réalité être assez naïf pour respecter les lois même si cela peut être désavantageux ? N’agissons-nous justement que par peur de la répression ?
Cynisme
Le cynisme (Diogène de Sinope, IVe siècle av. J.-C.) prône le rejet des conventions sociales et des biens matériels au profit d’une vie conforme à la nature, réduite à l’essentiel.
Épicurisme
L'épicurisme (Épicure, IVe-IIIe siècle av. J.-C.) pose que le plaisir, entendu comme absence de trouble (ataraxie), est le souverain bien, atteint par une vie simple et la maîtrise des désirs — non par leur multiplication.
Pragmatisme
Le pragmatisme (Charles Sanders Peirce, William James, John Dewey — États-Unis, fin du XIXe et XXe siècle) pose que la vérité et la valeur d’une idée se mesurent à ses conséquences pratiques plutôt qu’à sa correspondance abstraite avec le réel.
Traditions extra-occidentales
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le confucianisme (Confucius, VIe-Ve siècle av. J.-C.) : tradition chinoise centrée sur l’harmonie sociale, la vertu et le respect des rites et des hiérarchies familiales ;
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le taoïsme (Lao-Tseu, Tao Te King) : tradition chinoise fondée sur le Tao (la « Voie »), qui prône l’harmonie avec l’ordre naturel du monde et le non-agir (wu wei) ;
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le bouddhisme (Siddhārtha Gautama, dit le Bouddha, Ve siècle av. J.-C.) : l’existence est souffrance (dukkha), causée par le désir ; l’Octuple Sentier propose un chemin pour s’en libérer ;
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le zoroastrisme (Zoroastre, Perse antique) : religion structurée autour d’un dualisme entre un principe du bien et un principe du mal en lutte constante ;
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le manichéisme (Mani, IIIe siècle ap. J.-C.) : doctrine dualiste opposant radicalement un principe de lumière (le bien) à un principe de ténèbres (le mal), en partie héritière du zoroastrisme.
Clivage contemporain : philosophie continentale et analytique
Au XXe siècle, la philosophie occidentale se scinde en deux traditions qui communiquent peu :
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la philosophie continentale (Europe, notamment France et Allemagne) privilégie la phénoménologie, l’existentialisme et une écriture souvent littéraire (Sartre, Heidegger, Foucault) ;
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la philosophie analytique (monde anglo-saxon) privilégie la rigueur logique et l’analyse du langage (Russell, Wittgenstein) ; elle est aujourd’hui dominante dans les départements de philosophie académique anglophones.
Philosophie politique
Les principaux courants de philosophie politique sont les suivants :
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le libéralisme (Locke, XVIIe siècle) : défend les libertés individuelles et limite le pouvoir de l’État ;
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le socialisme (XIXe siècle) : vise une répartition plus égalitaire des richesses et une régulation collective de l’économie ;
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le communisme (Marx et Engels, XIXe siècle) : vise l’abolition de la propriété privée des moyens de production et des classes sociales ;
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le conservatisme (Burke, XVIIIe siècle) : privilégie la continuité des institutions et des traditions face au changement révolutionnaire ;
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l'anarchisme (Proudhon, Bakounine, XIXe siècle) : rejette toute autorité étatique imposée, au profit d’une organisation volontaire et décentralisée ;
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le contractualisme (Hobbes, Locke, Rousseau, XVIIe-XVIIIe siècle) : fonde la légitimité de l’État sur un contrat, implicite ou explicite, passé entre les individus ;
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le libertarianisme (XXe siècle) : pousse la défense des libertés individuelles jusqu’à réduire l’État à ses fonctions les plus minimales ;
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l'humanisme : place la dignité et l’épanouissement de l’être humain au centre des valeurs politiques et morales ;
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le fascisme (XXe siècle) : subordonne l’individu à la nation ou à l’État, rejette le pluralisme politique.
L’état de nature (1651)
L’état de nature est une notion forgée par les théoriciens du contrat à partir du XVIIe siècle, opposée à l’état civil : la situation hypothétique de l’humanité avant l’émergence de la société et de l’État. Hobbes la conçoit comme une guerre de tous contre tous ; d’autres auteurs (l’idée du « Bon Sauvage ») la conçoivent comme une innocence originelle.
Concepts transversaux
Deux paradoxes classiques, indépendants des courants ci-dessus :
Le paradoxe d’Achille et de la tortue (Ve siècle av. J.-C.)
Le paradoxe d’Achille et de la tortue, dû à Zénon d’Élée, oppose Achille à une tortue partie avec de l’avance : pendant qu’Achille rejoint le point de départ de la tortue, celle-ci a déjà avancé, si bien qu’Achille ne semble jamais pouvoir la rattraper — bien qu’on sache par ailleurs qu’il le peut. Le paradoxe interroge la nature du mouvement, de l’infini et du continu.
Le bateau de Thésée
Le https://fr.wikipedia.org/wiki/Bateau_de_Th%C3%A9 s%C3%A9<sup>e</sup>[bateau de Thésée] imagine un bateau dont toutes les pièces sont remplacées une à une, jusqu’à ne plus contenir aucune pièce d’origine : s’agit-il encore du même bateau ? Le paradoxe interroge la nature de l’identité à travers le changement — appliqué aussi bien aux objets qu’aux personnes.
Éthique appliquée
Le dilemme du tramway (1967)
Le dilemme du tramway (trolley problem) met à l’épreuve deux façons opposées de juger un acte moral : une personne peut dévier un tramway pour sauver cinq personnes, au prix d’en tuer une seule sur une autre voie — est-il moral d’agir ? Décrit pour la première fois par Philippa Foot en 1967, il a depuis été analysé en profondeur par Judith Jarvis Thomson, Peter Unger et Frances Kamm. Un conséquentialiste (juger un acte à ses conséquences) dévie le tramway, cinq vies sauvées valant mieux qu’une ; un déontologue (juger un acte à sa conformité à une règle) s’interdit souvent de le faire, tuer activement restant un interdit même pour un meilleur bilan.
Concepts économiques adjacents
Deux paradoxes nés en philosophie morale et récupérés par l’économie naissante :
Le paradoxe de l’eau et du diamant (1776)
Le paradoxe de l’eau et du diamant montre que la valeur d’un bien ne dépend pas de son utilité : l’eau est indispensable à la vie mais bon marché, le diamant est inutile mais onéreux.
Le paradoxe de la veste de laine (1776)
Le paradoxe de la veste de laine illustre que la confection d’un bien par une seule personne nécessite en réalité le travail d’une infinité de personnes : il faut qu’un berger ait élevé les moutons, qu’un agriculteur produise sa nourriture, qu’un forgeron confectionne ses outils, qu’un cordonnier confectionne ses chaussures, etc.